Récemment diplômé des Beaux-Arts de Paris, j’ai développé au cours de mon parcours une approche de la sculpture qui passe par l’appréhension de l’espace, le corps, l’empreinte. Je mets en relation mon travail d’atelier, sculptural et expérimental, avec des lieux, des espaces spécifiques pour créer des fictions spatiales.

En lien avec ma sensibilité pour l’espace, l’architecture et l’histoire, j’ai regardé de près les interventions sculpturales urbaines, les relations de l’art à l’architecture et à la ville, à la monumentalité. Dans cette perspective, j’ai passé une année à Quito en Équateur, afin d’étudier les rapports des artistes à l’architecture, à la ville, et au grand public dans un contexte où le marché de l’art est inexistant.

La dimension monumentale, les grandes échelles, sont apparus dans mon travail à la suite d’un travail sur le corps, dans l’atelier. J’ai appréhendé la sculpture par la question de l’échelle : il m’intéressait de créer des volumes, des masses, des creux à l’échelle humaine et dont la présence se joue dans une relation de corps à corps avec le spectateur. La question du monumental m’apparaît aussi comme la possibilité d’une approche populaire de l’art, directement destiné à l’espace publique, à la vue de tous.

Avec des moyens très modestes, de l’ordre de la récupération et du bricolage, j’ai pu proposer, dans l’architecture historiciste des Beaux-Arts de Paris, puis dans une chapelle médiévale à Avignon, des installations de grands formats, immersives mais modulables, légères et éphémères.

Spectaculaire, organique, grotesque, mon travail place le spectateur dans des environnements baroques, des espaces étranges et contractés par les échelles. Mes sculptures figurent des corps fragiles, souples ou cassants, en relation avec les espaces qui les accueillent. Avec elles je construis des tableaux épiques, dont une part de la composition apparaît pendant la réalisation, pendant le travail de réassemblage qui déterminera les relations entre mes corps/créatures. En effet, tout est bricolé (fait avec ce que j’ai). Mon travail de sculpture fonctionne par empreintes, puis par tâtonnements, manipulations, tentatives de stabilisation. Les sculptures se cassent, fondent, se déforment, et l’objet finalement présenté naît d’un acharnement à le faire tenir debout.

À la limite de la figuration, il y a une hésitation. J’essaye de rendre un moment où la représentation est encore en ébullition, de l’ordre du fantasme. Une tension perdure entre attirance et dégoût. Ce qui renvoi au charnel, à l’organique, au mouvement, lutte avec l’obscénité des fluides figés.