A l’invitation de la ville d’Avon, les œuvres de Mathieu Wührmann sont exposées au manoir de Bel-Ebat du 13 au 22 mars. Le vernissage a lieu le vendredi 13 mars à partir de 18h.

Mathieu Wührmann est un jeune peintre franco-américain, né en 1988 à Fontainebleau où il fait ses études primaires et secondaires. En 2006 il part au Canada pour suivre des études de psychologie à London-Ontario où il participe à une première exposition. De retour en Europe, il commence des études d’arts plastiques. Diplômé de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles et de l’Ecole des beaux-arts de Nantes, il réalise à Fontainebleau en 2017 sa première grande exposition “Portraits d’arbres”. Les deux années suivantes, en traversant le cycle des saisons, il s’engage dans un travail régulier “sur le motif”, se mettant en résidence parmi les arbres et les rochers de la forêt de Fontainebleau, explorant par la peinture et le dessin de nouvelles approches, pour restituer ce qui peut émaner des arbres et du ciel. En mars 2019, il a expose son travail lors de l’exposition « Les Arbres et le Ciel » au théâtre de Fontainebleau. Sous le même titre, un livre d’art est publié par Lienart Editions, avec la participation du poète Jean-Pierre Lemaire.

“Le paysage semble avoir une certaine exigence. Ce serait pour moi celle d’être découvert à chaque instant, comme si le paysage n’en finissait pas d’être enfoui sous les regards qu’on pose sur lui, sans vraiment le regarder, le voir.

J’ai pu sentir à de rares moments qu’il y avait un feu caché, au travers des branchages, sous la neige, le long des nervures des feuilles, un feu en attente. Quand mon regard l’effleure, comme un souffle sur des braises, ce feu se répand en moi L’expérience du motif est un privilège, car c’est l’opportunité de sortir de mon indifférence et d’exprimer une gratitude pour ce lieu qui m’a toujours soutenu. 

Rilke a écrit qu’il fallait se méfier des critiques, ne pas les écouter, ne pas chercher la considération des autres pour son art. C’est grâce à Rilke que j’ai pu continuer ma recherche avec une certaine sérénité… Dans les moments de solitude – car il a bien fallu que je m’éloigne de Paris, me réfugiant dans la forêt de Fontainebleau – j’ai été porté par ses mots d’encouragement, à l’affronter, pour voir, et connaître à ma mesure qu’au fond, il y a comme autre chose que la solitude stérile, une autre dimension, une réalité habitée par le calme, la paix, j’ose dire la beauté…

Dans cette période de l’histoire où nous prenons conscience des dégâts que nous causons à la nature, conscience de l’importance de la sauver, je ressens comme une responsabilité – même si c’est de manière infime – d’être en contact avec elle, presque quotidiennement, en essayant d’offrir avec les moyens qui sont les miens, un regard qui la préserve.  Car j’ai espoir que si nous regardions le paysage autrement, il nous serait impossible de le traiter comme nous le faisons aujourd’hui.” M. W.

Dès lors, cette intériorité visée serait moins celle du motif que celle du regard qui le « comprend », le fait être, rêveusement le fait vivre, la tâche de l’artiste consistant moins à restituer avec bonheur les apparences ou les aspects de tel ou tel motif qu’à exprimer et faire sentir la communauté mystérieuse éprouvée en sa présence, on hésite à écrire le mot « amitié », qui pourtant convient ici. En tout cas rien qui soit ludique, ni jeu de formes ni exercice de virtuosité, mais une distance abolie.

En ce sens l’attitude de l’artiste face à son motif n’est plus vraiment contemplative, à la façon de celle d’Alexandre Hollan, l’un de ses maîtres reconnus, elle implique une émotion sensiblement différente, où perce sinon une inquiétude précise, du moins la crainte vague d’une nature arrêtée, devenue absente et silencieuse, parce que les prestiges de l’art ne sauraient en faire que de belles images. Toujours, mais cette fois au bout du chemin, cette défiance à l’égard de l’image. D’où ce désir de mouvement, de brise et de vent (« Que salubre est le vent ! » nous dit Rimbaud), qui parfois même « libère » et disperse les lignes de l’arbre, les laissant aller dessiner leurs propres motifs enjoués, ou, pour montrer des rochers, cet emportement inattendu du fusain dans la série portant ce titre paradoxal de Caresses du temps …

Alain Madeleine-Perdrillat, “A propos des dessins de Mathieu Wührmann”, Les Arbres et le ciel, Lienart éditions, 2019

www.mathieuwuhrmann.com